Les sons incertains

J’ai cru entendre un son. Son si silencieux, au plus tranchant de la nuit, qu’il nous donne envie de cracher sur les heures restantes d’un jour qui n’en finit plus de finir, lentement.

Ce sont des sons que je recherche. De ces sons que font les battements de cils quand ils s’ouvrent et se referment en rayant imperceptiblement notre joue. Ces sons si microscopiques qui ne sont discernables qu’à une proximité brûlante, une proximité qui n’en est plus une, car elle devient union.

Ce sont aussi les mêmes sons que font nos souvenirs quand ils nous reviennent, et qu’on entend des voix déformés sortir de bouches floues, parce qu’on ne se rappelle jamais vraiment les visages, mais plutôt les sensations d’alors, l’indicible d’à présent.

Des sons qui deviennent des paroles, et des actions, et une démarche et qui ainsi se transforment en un souvenir. Quelle drôle de façon a notre corps d’absorber le monde, de le fragmenter, d’en laisser des traces incertaines un peu partout dans notre corps.

 Et je me rappelle d’avoir marché, oui le soleil brûlait un peu mon visage, les yeux mi-clos je te regardais marcher devant moi. Tes cheveux crépitaient dans la brise, non ce n’était pas une brise, mais l’haleine de quelqu’un, ou nos haleines juxtaposées. Je ne sais plus, mais l’air était suave, et chaud, et je me rappelle que je ne voyais rien. Autour, des tourbillons de demi-tons mats.  Le trottoir était étroit, la rue très large. Les édifices très hauts, et les ombres très basses. Je marchais surement en une direction imprécise, en suivant des lignes peintes et effritées sur le bitume. Mais il y avait peu être une chose qui n'est restée clairement.

La vie n’avait pas à se soucier d’avoir un sens, puisqu’elle était. L’instant se suffisait à lui-même.