Les sons incertains

J’ai cru entendre un son. Son si silencieux, au plus tranchant de la nuit, qu’il nous donne envie de cracher sur les heures restantes d’un jour qui n’en finit plus de finir, lentement.

Ce sont des sons que je recherche. De ces sons que font les battements de cils quand ils s’ouvrent et se referment en rayant imperceptiblement notre joue. Ces sons si microscopiques qui ne sont discernables qu’à une proximité brûlante, une proximité qui n’en est plus une, car elle devient union.

Ce sont aussi les mêmes sons que font nos souvenirs quand ils nous reviennent, et qu’on entend des voix déformés sortir de bouches floues, parce qu’on ne se rappelle jamais vraiment les visages, mais plutôt les sensations d’alors, l’indicible d’à présent.

Des sons qui deviennent des paroles, et des actions, et une démarche et qui ainsi se transforment en un souvenir. Quelle drôle de façon a notre corps d’absorber le monde, de le fragmenter, d’en laisser des traces incertaines un peu partout dans notre corps.

 Et je me rappelle d’avoir marché, oui le soleil brûlait un peu mon visage, les yeux mi-clos je te regardais marcher devant moi. Tes cheveux crépitaient dans la brise, non ce n’était pas une brise, mais l’haleine de quelqu’un, ou nos haleines juxtaposées. Je ne sais plus, mais l’air était suave, et chaud, et je me rappelle que je ne voyais rien. Autour, des tourbillons de demi-tons mats.  Le trottoir était étroit, la rue très large. Les édifices très hauts, et les ombres très basses. Je marchais surement en une direction imprécise, en suivant des lignes peintes et effritées sur le bitume. Mais il y avait peu être une chose qui n'est restée clairement.

La vie n’avait pas à se soucier d’avoir un sens, puisqu’elle était. L’instant se suffisait à lui-même.

In front of Others

Aren’t we all
In front of Others
The PR Director of a large multinational company
Of a the large investment empire of feelings
Concealing the oil spills
Saving face
Demonstrating and proving
The abundance of possibility
And absence of doubt

Abysses amerveuilleuses

Les espaces clos convergent vers nos infinis desseins
Un seul souffle à l’envers 
Et tout s’enfuit sauf l’immédiat.
Les autres auront crevé, 
se seront crevés les yeux 
affublés du devoir insensé d’être mortels.

Le liquide lucide sortira par nos orbites
et laissera pénétrer vers nos sens sans vertu
Les impressions de la matière intangible
Sans le tamis pudique de nos yeux consternés.
Les contours de la pièce seront des marées absurdes
Les murs lézardés lècheront nos os lumineux
Enfermant nos grâces et nos somptueux supplices accélérés
Ils s’esclafferont devant un monde qui 
ne sachant accueillir l’aliénation qui nous lacère
Coule entre nos doigts vers les failles du plancher.

Les ondes fluides décorent les sons qui nous enterrent
Sous les ampoules hallucinogènes
Où est le centre de cet univers que nous avons arraché
De son axe, des actions, cent axiomes inacceptables
Il sourit aux intonations des soupirs licencieux
Et nous sommes dans ses limbes libres 

Le faste qui enlumine nos gestes si simples 
Sous l’impulsions de révolutions microscopiques
est celui que produisent à l’unisson 
Nos regards pourpres désamorcés

Où allons nous dans des eux si profondes
Où seront les rivages de bitume qui mèneront 
aux avenues des grandes villes infectieuses?
Que seront devenues les simagrées mûries
Des esprits enfantins?

Les rivages fangeux du monde réel.
Les eaux calmes d’une vieille contrée d’où nous sommes partis.

Qu’avons-nous fait du reste?
Tous auront suivi ou déserté, 
Déversé leur bile sur nos voyages aberrants
Ou embrassé nos danses spasmodiques

Un excès n’en sera pas un, 
tant qu’il y aura l’espace d’une demi particule 
entre nous
et le fond irrécupérable des abysses amères.

I couldn't find a title for this poem, so let's say “my generation”

Dripping with desire
we exalt our nowness,
stumbling uncertain and semi-intoxicated,
pushing the outline of our pains
to the edges of our youth.

Virtual intimacies
pixel to pixel deform our boredom
our technologized anxieties
are blazoned on our bodies.

We articulate a need for change 
in murmurs in snapchats in our hunger for more
in proclamatory sex positions
queering the outlines of our feelings
tearing up behind small screens. 

We are perhaps prepared for the end of Time.
We were warned about atrocity 
Our parents have been watching it on TV.

It exists somewhere on the Deep Web,
and everywhere we look.

There are only a few millimetres of skin
Veiling clumsily our materiality
Just like all the ones before us
As we pause and sober up
Realizing that we do not lack love
but words to express it all. 

What happens after I get out of bed

Some mornings are more interesting than others. Some mornings I put on my crown of elastic thorns. Most mornings I invent a shape that my body will trace through space. Which layers of reality will I chose to insert myself into, and which ones will I opt out of. My longings will define themselves according to the temperature of the light, to the amount of particles that are suspension in my mind and to the number of creatures that populate my microcosm. 

Misused Invitations

Every retracting emotion
Clumsily deployed in places where 
My misused invitations flowered
In a minuscule death 
That requires enormous grievance 

Microcosme pour deux

Il n’y a rien d’artificiel sur le coin de tes lèvres
La lumière mauve étale son velours sur tes bras
Les arbres abrègent notre désir d’appartenance
À ce qu’il de passe au dehors

Fond de teint

Je me pavane les plaies fermées
En espérant que tu y vois une certaine justesse amoureuse

Looking, I seem to see you looking at yourself when you catch my eye

My restlessness is asking that I exhaust someone else's gaze today
I need to look and look and continue looking
And this other girl’s romantic anorexia foreshadows some social mystery
That I am currently problematizing.
I am unsure whether I desire her or desire myself as her.